Si je vais au bout...

Publié le 28 Novembre 2015

Je t'écris à la lueur des bougies. Je me suis roulé un splif. Je suis assise nue, là...

Ouais. Je sais. Je me marre aussi en écrivant ça...

C'est un bon début... D'en rire non?

Je cherche les mots...

Je souffle la fumée sur l'écran. Je trouve ça joli tu sais?

Comment te raconter...

M'enfin... Allons-y!

Ô mon amour!

Si je vais au bout...

Je plante une croix sur ta tombe.

De toutes façons, je ne crois pas qu'il y est de bons mots. Ni de bons moments.

Tu sais... Ce devait être une soirée copines, pizza, binouzes, papotages, rires.

Beaucoup de rires, de sourires, de regards échangés, de corps frôlés, de sueur, de musique, de mains levées, d'envies, de peur, de retenue, de sous entendus...

J'ai sentie une main se glisser dans la mienne. Je me suis demandé à qui elle était. J'ai regardé. J'ai reconnu de suite ses bracelets, comme des talismans. J'ai levé la tête. Le cœur qui bat la chamade. Ses yeux. Sa langue qui passe sur ses lèvres. Son sourire.

Blocage.

Elle a détourné son regard et à levées nos deux mains. Elle riait et sautillait. Moi j'étais bloquée. Sur place. Temps suspendu.

Elle est chouette cette meuf. Elle sourit cette meuf. Elle sourit même beaucoup...

J'ai eu envie de sautiller avec elle. D'un coup. Comme ça. Bondir, gesticuler, danser, gigoter! Putain que c'était bon! Tourner la tête dans tous les sens, et sa main au creux de la mienne...

Elle m'a dit un truc, m'a fait un signe de tête. J'ai fait "oui" avec la mienne.

Sa main dans la mienne.

Ô mon amour!

Si je vais au bout...

Je plante une croix sur ta tombe.

Ça bouchonnait prés du bar. On s'est finalement retrouvées dehors. Elle m'a pris mon autre main et m'a collé un baiser furtif sur le nez. Elle s'est mise à courir, et moi aussi.

J'ai rien dit dans la voiture. Elle non plus. Je regardais par la fenêtre les lampadaires de la ville et les fenêtres éclairées. J'aime bien regarder par les fenêtres la nuit. Violer l'intimité des gens. Et alors?

Il s'est mis à pleuvoir. Une pluie fine. Je me suis dit que c'était joli ces gouttes sur le pare brise, et ses lumières qui dansent.

Elle s'est arrêtée. Elle a tiré le frein à main avec ses deux mains. Elle m'a regardé droit dans les yeux. Intensément. Elle a sourit et m'a dit "Viens!". Elle est sortie. Elle a remonté son blouson sur sa tête en trotinant.

J'ai fermé les yeux et respiré fort. J'ai ouvert la portiére. J'ai trouvé qu'il faisait froid. La pluie.

Tiens? Elle a un autocollant du chat d'Alice collé au dessus du réservoir. Il sourit toutes dents dehors. J'ai envie de sourire moi aussi. Mais j'ai peur. Ou plutôt non. Je manque de courage.

Ô mon amour!

Si je vais au bout...

Je plante une croix sur ta tombe.

 J'ai trotiné moi aussi en évitant les flaques. J'ai couru vers elle. J'ai trouvé charmant son coup de hanche dans la porte. Je l'ai suivie. J'ai aimé la suivre. J'avoue votre honneur! Je plaide coupable! Oui! J'ai reluqué son postérieur! Et alors?

L'ascenseur.

Bouton. Porte qui s'ouvre.

Elle s'est plaquée sur la vitre du fond. Yeux baissés. J'ai fait pareil. Je me suis collée à côté d'elle. Pas trop loin. J'avais pas envie qu'elle pense que j'allais fuir. Pas trop prés. J'avais envie d'effleurer sa main. Proximité. Oh p'ting! P'ing! P'ting! Bordel!

Ô mon amour!

Si je vais au bout...

Je plante une croix sur ta tombe.

Arrête! Tu te fais des films. Fais pas ça. Pas de panique! Tu lui as dis que tu avais envie d'un café. Elle t’emmène peut être juste en boire un...

Où m’amène-t-elle d'ailleurs? Chez elle? Elle vit seule?

Et puis, j'ai reconnu les signes...

Les coups d’œil sur les chaussures. Ceux vers le plafond. Ceux sur les boutons lumineux. Ces regards qui vont d'un point à un autre. Qui errent. S'évitent. La gêne...

Empotées. Ne pas savoir comment s'y prendre. Le stress. La tension. Les bouffées de chaleur. Les grillons dans les tripes.

P'ting! J'avais oublié ces sensations!

J'ai souris puis la panique. Merde!

Vite élaborer un plan. Et si elle fait ça? Et si je dis ça?

Avoir très envie de prendre les devants, de la surprendre, la plaquer contre le mur et l'embrasser. Se retenir. Se raviser.

Ô mon amour!

Si je vais au bout...

Je plante une croix sur ta tombe.

La porte qui s'ouvre. Couloir. Néons.

Elle repasse devant.

Quelques pas. Ne pas baisser le regard. Ne pas se faire surprendre les yeux trop bas...

Elle s'arrête devant une porte. Me jette un coup d’œil. Elle cherche ses clefs. Elle a un grand sac de babos avec des franges. Un autre coup d'oeil. Elle sourit confuse. Elle me dévisage. Elle m'interroge. Elle attend le feu vert.

Ses doigts finissent par trouver ses clefs. Elle hésite. Elle les glisse dans la serrure. La porte grince. Elle me fixe. Me prend la main. Me fixe droit dans les yeux.

- Voilà mon chez moi. Je n'y ai jamais amené personne. C'est mon antre. C'est mon intérieur. La porte de gauche, c'est la salle de bain. A droite c'est ma chambre. Tout droit c'est la cuisine. Tu veux commencer par quoi? Café? Douche ou...

Elle ne finit pas sa phrase. Elle se tait. Embarassée. Je lis dans ses yeux qu'elle fait tapis. All in. Elle a peur de ma réponse. Elle a peur d'avoir été trop brusque. Elle regrette déjà sa fougue.

Elle me bluffe!

Ô mon amour!

Si je vais au bout...

Je plante une croix sur ta tombe.

Ses yeux m'interrogent. Elle finit par les baisser sur ses chaussures. Elle se mord la lévre. Je sais qu'il faut que je réponde. Elle se demande peut être si je cherche une excuse, ou si je me demande ce que je fous là.

Vite!

- Euh... Un whisky d'abord?

Merde! La cité de la peur! Merde! Pourquoi j'ai dit ça moi?!?

Elle rigole! Me prends la main. Je suis soulagée. Elle a rit! J'ai pas merdé. Je ne rate donc pas tout?

Je vais entrer dans son chez elle, son intérieur.

Ma main dans la sienne.

Re-panique!

Lumiére du couloir qui s'éteint. Fichue minuterie! Plus un bruit. Plus d'image. Souffle coupé. 

Avoir tout autant envie qu'il se passe un truc, là de suite, maintenant, dans la discrétion de l'ombre. Avoir tout autant envie qu'il ne se passe rien.

Ô mon amour!

Si je vais au bout...

Je plante une croix sur ta tombe.

Elle fait quoi? Pourquoi elle n'appuye pas sur l'interrupteur? Pour elle ne bouge plus? Elle dit rien?

Elle a posé ses lèvres sur les miennes. D'un coup. Là. Comme ça. Dans ce couloir. Dans le noir.

Elle a posé une main sur ma joue. J'ai imaginé son regard. J'aurais voulu voir ses yeux. Qu'ils me parlent. Que disent-ils? Là. Dans ce couloir. Dans le noir.

Ô mon amour!

Malheureusement il faut aller au bout pour mettre un point.

J'ai planté une croix sur ta tombe.

Ô mon amour...

Rédigé par SC

Publié dans #Tranches de vie, #Sexe, #Double M., #Conne

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